Rencontre avec Caroline Senez, directrice d'Initiatives et Cité

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Rencontre avec Caroline Senez, directrice d'Initiatives et Cité

jeudi 23/04/2015

La loi Economie Sociale et Solidaire de 2014 est encore d’une brûlante actualité : plusieurs mesures attendent encore la signature des décrets d’application pour effectivement être mises en œuvre. Considérée comme une avancée pour ce secteur économique estimé à 10% du PIB, cette loi promeut la reconnaissance d’une économie de proximité créatrice d’emplois non délocalisables.  Au-delà de la valorisation d’un mode d’entreprendre spécifique, la loi répond à quatre autres objectifs : renforcer les politiques de développement local durable ; provoquer un choc coopératif ; consolider le réseau, la gouvernance et les outils de financement des acteurs de l’ESS ; redonner du pouvoir d’agir aux salariés.

A l’échelle de notre métropole, provoquer ce choc coopératif repose sur l’idée de valoriser certaines entreprises qui contribuent également efficacement à un développement local durable. Rencontre avec Caroline Senez – Directrice Générale du Cluster Initiatives et Cité :

Comment est né le cluster ? Combien d’entreprises et de salariés représente-t-il ? Quelle est votre approche ?

Nous visons la mise en place et la structuration d’une nouvelle filière économique : le développement local durable. Pour ce faire, notre approche repose sur trois piliers : révéler l’expertise citoyenne, favoriser un droit à l’initiative et questionner et actualiser le sens des projets. Les entreprises membres proposent une gamme de services en direction des acteurs locaux (associations, collectivités, élus, habitants, chefs d'entreprise...) qui sont regroupés en 4 pôles :
- Conseil et accompagnement de projets complexes
- Création de nouvelles formes d'organisation économique et d'emploi
- Qualification des acteurs, formation et transfert de compétences
- Communication éco-responsable et événementiel participatif

Notre cluster va fêter ses 5 ans en juillet. Après un chantier participatif d’un an mobilisant 12 structures, l’idée a été de réfléchir à quoi ressemblerait ce groupement, portant nos valeurs pour une économie sociale et solidaire. Pensé autour de trois axes, ce regroupement questionnait dès le démarrage le développement commercial en commun, la gouvernance du projet et les modalités économiques des coopérations. La question juridique est venue après. Mais au-delà, cette mutualisation était aussi perçue comme une possibilité offerte aux  petites entreprises impliquées (1 à 20 salariés) d’envisager la Recherche & Développement, de qualifier les Ressources Humaines (en proposant par exemple des évolutions dans le groupe) ou de mutualiser des postes (exemple pour le personnel : recrutement d’un expert-comptable). Cette mutualisation s’est accélérée grâce à un lieu : la Grappe. Installé depuis 2 ans au 75, rue Gambetta, ce lieu incarne l’image du groupe avec des fonctions dédiées.

Côté équipe, nous sommes 100 personnes dans le bâtiment en permanence. 450 salariés temps plein et plus de 5000 sur la France (avec les entrepreneurs de Grands Ensemble et de Smart, qui font du développement d’activités pour des entrepreneurs dans un cadre collectif et portent leurs contrats afin de permettre aux entrepreneurs de se concentrer sur leurs métiers).

Notre cluster n’est pas une holding, nous sommes sous forme coopérative, sous statut UES (Unité Economique et Sociale) au service du développement de nos membres. L’ambition du cluster est également de prévoir le développement commercial en collectif, notamment en allant chercher des marchés plus loin ensemble. Aujourd’hui, nous employons 8 salariés (administration, entretien et accueil) pour la vie du cluster et cela ne doit pas être exponentiel : nous voulons agir pour le développement de nos membres. Les postes sont confortés dans les entreprises membres. Il n’y a pas de consolidation des comptes et pas de relation hiérarchique. L’objectif est de permettre aux entreprises membres  de saisir Initiatives&Cités, de les laisser exprimer leurs besoins. L’idée est de leur offrir la possibilité de se concentrer sur les métiers propres à chaque entreprise. Mais les services sont au choix (ex/ déplacements, locations de voitures) et pensés dans l’intérêt collectif des structures.

Et qu’est-ce que la Grappe justement ?

Il s’agit non seulement d’un lieu emblématique pour notre cluster Initiatives et Cités, mais aussi plus globalement d’un lieu de travail ouvert sur notre environnement, sur notre territoire. Au-delà d’être pensé comme u espace pour 100 personnes, un étage complet a été conçu pour le travail collectif avec un espace de coworking pour les entrepreneurs (notamment de Grands Ensemble ou de Smart), mais aussi des salles de formations et réunions pour les gens qui y travaillent et à l’extérieur (salles à louer pour AG, séminaires et autres conférences). L’intérêt de ce lieu est justement de pouvoir en faire ce qu’on en veut. Cette dimension collective est d’autant plus intéressante que nous pouvons partager des choses et créer des synergies à la cantine, par exemple. En remettant de l’humain, on va plus vite dans la résolution de nos problèmes et cela développe de nombreuses synergies.

En parlant de développement local durable, comment envisagez-vous vos liens avec MEL ?

L’ESS est centrale dans les politiques de MEL. Nous avons toujours entretenu des relations de proximité avec cette collectivité territoriale, même si nos calendriers ne sont pas toujours compatibles. Une nouvelle phase de développement a été lancée en 2014 avec la création de Lille MétroPôle Solidaire, le Pôle Territorial de Coopération Économique (PTCE) impulsé par MEL et animé par le cluster initiativesETcité. Cette réponse est originale à l’échelle nationale et vise à créer un écosystème pour favoriser implantation des structures ESS sur notre territoire, en mobilisant l’expertise des membres d’initiativesETcité.

L'ambition du PTCE Lille MétroPôle Solidaire est de développer des formes innovantes d'accompagnement de projets s'inscrivant dans une logique de développement local durable. Le PTCE favorise les conditions de collaborations avec des entreprises et acteurs non adhérents au cluster pour favoriser l'enrichissement mutuel à la fois sur le partage/passage de valeurs et les relations commerciales qui pourraient en découler. A titre d’exemple, nous allons contractualiser avec la Chambre des métiers et de l’artisanat pour ouvrir une conciergerie commune sur notre quartier et pour réfléchir ensemble à  des démarches communes sur les Ressources Humaines ou sur des formations.

Le PTCE repose sur sept objectifs opérationnels:

  • Mutualiser les moyens pour consolider les projets
  • Développer la recherche et la formation au service de l'ESS et sur cet aspect, nous avons déjà participé à la création d’une Chaire ESS
  • Qualifier la fonction stratégique de gestion des ressources humaines
  • Développer les activités économiques pour une stratégie commerciale renforcée
  • Accompagner des projets innovants dans une logique d'incubation, notamment autour des industries culturelles et créatives
  • Renforcer l'ingénierie financière des projets dans une perspective de changement d'échelle
  • Créer les passerelles entre les acteurs de l'ESS et deux filières d'excellence de Lille Métropole

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